PLAIDOYER POUR LA PAIX ET LA DEMOCRATIE AU BURUNDI

La meilleure politique, au sens politique du terme, doit viser, in fine, l'épanouissement, dans son acception la plus large du concept, du citoyen, de la collectivité, de la société et de la nation.

Et pour que ledit épanouissement soit dit être une réalité, le bénéficiaire doit pouvoir évoluer ou vivre décemment dans un espace paisible, sécurisé, de liberté, dépourvu de l'arbitraire et ses corrélants, bref politico-économico-socialement viable ou démocratiquement sain.

En effet, pendant plus d'une décennie, plutôt des décennies, le Burundi souffre d'un déficit sérieux de démocratie et de l'Etat de droit. Avec le pic, ces dix dernières années. Rien de nouveau n'est révélé ici à quiconque connaît très bien notre pays.

Les acteurs politiques burundais, d'hier comme d'aujourd'hui, n'ont cessé et ne cessent de clamer, haut et fort, qu'ils œuvrent et se battent ou, simplement, font de la politique dans l'intérêt supérieur de la population, de la démocratie et du développement du pays. Leur propre intérêt étant bien évidemment passé sous silence, de façon savante, même si tout le monde sait la place à lui dévolue dans la hiérarchie des objectifs poursuivis.

Si jamais, cette vision des choses, par ailleurs tout à fait personnelle, est partagée par d'autres, donc quelque part vraie ou acceptable, alors, fort d'elle, qu'il me soit permis de lancer un appel aux protagonistes de la crise burundaise, afin, d'une part de les inviter à se placer face à l'Histoire, qui, paraît-il, juge impitoyablement ses " heurteurs ", et, d'autre part, à assumer leurs responsabilités. Loin de moi la prétention de donner des leçons à qui que ce soit. Ma seule et unique intention consistant à apporter ma modeste contribution au débat politique burundaise sur la crise qui secoue notre chère patrie depuis de nombreuses et longues années vécues déjà comme des lustres, tellement la souffrance est accablante.

Dans les lignes qui suivent, une plaidoirie est donc faite pour que chacun, peu importe la forme de la pyramide de ses objectifs, agisse vite et positivement afin que le Burundi, dans son entièreté, accède, de façon accélérée, à la paix et au salut démocratique.


La problématique est posée en cinq hypothèses.
Vous, protagoniste du conflit burundais, votre politique vise-t-elle à :

a) Soulager la population burundaise ?

Et bien, si oui, il convient de savoir que le théâtre, désolant, auquel ladite population fait face est, en vrac, le suivant : la guerre ou un véritable calvaire, qui se traduit par l'enregistrement quotidien, ou presque, de maux tels que morts, pillages, dévastations, exils extérieur et intérieur, maladies, faim, famine, non-scolarisation des enfants, insécurité, traumatismes de tous genres, dislocation des familles, déchirement du tissu social, destruction des infrastructures, dégradation du patrimoine foncier, forestier et écologique en général, insécurité professionnelle, chute de la qualité de l'éducation formelle là où elle se dispense encore, démolition de l'outil de production, désespoir face à une vie aux lendemains incertains, flambée des prix, culture de la haine et de la rancune, démantèlement de la cohésion sociale, etc. Bref un panorama sinistre.
Alors, face à une situation aussi dramatique, n'est-il pas plus qu'urgent de faire vite pour sortir la population de ce marasme multidimensionnel, en un mot, de ce bourbier ?

b) Instaurer la démocratie au Burundi ?

Dans l'affirmative, il est bon d'avoir à l'esprit le diagnostic ci-après. Le peuple burundais attend, non sans se lasser, l'avènement de l'ère démocratique et de l'Etat de droit.
Les transitions, après les régimes monolithiques, risquent, si l'on y prend pas garde, s'avérer aussi longues et interminables que ceux-ci. Pourtant, le peuple devrait sans tarder, encore moins sans souffrir durablement et durement, jouir des bienfaits de la démocratie, qui est, et reste, le moins mauvais des régimes politiques. Ces bienfaits se nomment notamment paix, choix libre des dirigeants, protection par le droit, la loi et les règlements, bannissement de l'arbitraire et de la loi de la jungle, bonne gouvernance caractérisée entre autres par la séparation des pouvoirs avec un exécutif qui use de ses prérogatives et utilise ses outils de pouvoir (administration civile, services de défenses et de sécurité) pour gouverner pour tous, un législatif qui contrôle véritablement ce premier et vote des lois démocratiques, un judiciaire qui arbitre et gère justement et équitablement les conflits; sans oublier les contre-pouvoirs (opposition politique, société civile, médias…) qui doivent jouer pleinement et correctement leur rôle notamment en dénonçant les manquements des acteurs aux affaires et en informant l'opinion sur leur proposition d'alternative.

Tout cela fait encore défaut aux Burundais. Pour qui œuvre pour la levée de ce manque à gagner, n'est-il pas, enfin, grand temps de passer à l'action décisive qui y mène?

c) Promouvoir le développement du pays ?

En cas de confirmation, que l'on se voit accorder, dès lors, la liberté d'indiquer, au risque de pécher par répétition (bien-être de la population, démocratie et développement étant intimement liés), que le tableau est, en ce domaine aussi, trop sombre.

Quoi de plus normal quand l'on sait que le développement s'avère inconcevable en l'absence des conditions minimales que voici : sécurité physique (droit à la vie), besoins fondamentaux de l'homme (sécurité alimentaire, sécurité sanitaire, logement, habillement…), besoins psychologiques (instruction, exercice des droits civils et politiques…).

La production tant quantitative que qualitative des biens et services, leur circulation et leur consommation, bref le substrat du développement économique et social, l'action de reconstruction des ménages, des collectivités et de la nation entière…, tout cela demeurera de vains mots, l'économie ne cessera de s'enliser dans le rouge… si rien n'est fait pour changer positivement et rapidement la donne. N' est-il pas dès lors impératif d'agir et cesser de tergiverser, de marcher sur place, puisque quiconque n'avance pas recule ?

d) Préserver les intérêts personnels et/ou de groupe ?

Si la réponse est " sans doute ", il faut dire que même si cela n'est pas souvent clairement exprimé, nul ne doute un seul instant que la défense et la poursuite des intérêts personnels et/ou de groupe (et non de groupuscule) constituent des objectifs à la fois implicites (les premiers) et explicites (les seconds) à toute action politique.

Après tout, l'on est des hommes et non des Anges. Les intérêts personnels ou de groupe peuvent s'avérer légitimes ou légitimables. A fortiori en politique. Pourvu qu'ils ne soient pas plus prégnants que les intérêts supérieurs. Par ailleurs, ils doivent impérativement buter aux frontières des intérêts d'autrui, dont l'intérêt général. Dans ces conditions il n'a pas à s'en faire outre mesure.

 

Mais c'est également et surtout en politique - et c'est ce qui est parfois difficile - que l'on doit s'efforcer de dépasser vite le cercle des intérêts égoïstes pour apprécier, à leur juste mesure, l'impératif et la finalité ultimes de tout combat politique.

L'homme politique n'est pas, en fait, l'acteur comme les autres. Il ambitionne d'exercer le pouvoir politique, de gouverner la cité, comme disaient les philosophes grecs en la matière.

Pour cela, bien sûr, il doit avoir, à sa disposition, le nécessaire pour son épanouissement personnel ( puisqu'il doit vivre), mais au-delà, le levier pour qu'il puisse mener une action supérieure, noble, pour le groupe et surtout pour la nation. Autrement dit, l'intérêt général. Raison pour laquelle il peut même se donner en martyr au nom de l'intérêt supérieur de l'Etat et du Peuple.

Pour revenir à nos moutons, il est capital que les acteurs burundais cessent la guerre, participent à la transition, la conduisent et la concluent vite, afin de faire entrer le pays dans un régime démocratique durable et stable. Un nuage psychotique est dans l'air burundais. L'épée de Damoclès aussi. Il s'avère d'une impérieuse nécessité d'éloigner ce spectre épouvantant. S'il est vrai que le temps perdu ne revient plus, il n' est pas faux de dire que bien faire est toujours bienvenu, même tardivement.

Défendre ses intérêts ou ceux de son groupe - tant qu' ils se limiteront là où commencent ceux des autres - n'a rien de négatif. Seulement là aussi il faut hâter le pas, car aujourd'hui, le non-dit qui semble se cacher, chez certains acteurs politiques burundais, derrière le jeu de " défense de leurs intérêts " prend en otage tout un peuple qui assiste un peu impuissamment au piétinement des siens propres.

Pour que tout cela soit possible,

e) Lever les écueils.

L'entreprise noble de sauvetage de la population burundaise du naufrage collectif et définitif, de l'érection d'un système démocratique pérenne au Burundi, de l'installation d'un développement durable et de la culture du respect réciproque des intérêts légitimes des citoyens ne sera réalisable que dans la mesure où, un certain nombre d'écueils qui parsèment le chemin y conduisant, auront été évacués ou contournés.

L'analyse faite et admise par bon nombre de gens concernant le conflit burundais laisse entendre que ce dernier est politique avec des dimensions ethnique et régionale. Il participerait, poursuit la même analyse, de la conception du pouvoir, en termes d'accès à ce dernier, de sa gestion et de sa perte.

Une autre analyse, subsidiaire, concernant, elle, les acteurs politiques burundais ou le paysage politique burundais par rapport au système politique convenable pour le Burundi, tend à affirmer l'existence d'une situation dichotomique mettant face à face les tenants du statu quo ante, d'un côté, et les partisans du changement, de l'autre.

Pour ma part, le statu quo ante enveloppé dans son costume archaïque, démodé, qui n'a rien de démocratique doit être abandonné par ses défenseurs. Tout comme un changement dépourvu de signes et de signaux de démocratie doit être corrigé, revu, réorienté et augmenté par ses adeptes. Et sans délai. Car, en démocratie véritable, et non de façade, tout le monde a sa place.

Pour ce faire, les vrais démocrates doivent, par l'art de la conviction, de la dissuasion et de la persuasion, faire basculer la balance des rapports de force de leur côté.

Les efforts doivent être conjugués, réunis et canalisés vers l'unanimité (et non l'unanimisme, encore moins le monolithisme) quant à l'urgence de l'instauration de la démocratie et de l'Etat de droit au Burundi. La conjugaison des forces, des énergies et des ressources sera d'autant plus compacte qu'il y aura des hésitants, voire des résistants fortement réfractaires au changement démocratique.

En d'autres termes, l'adage français " l'union fait la force tandis que la division affaiblit quand elle n'anéantit pas " doit garder ses beaux jours devant les promoteurs du changement positif.

Cela passera par le rejet, du revers de la main, de certains attitudes et comportements, qui, s'ils subsistent, contribueront à ruiner née l'entreprise dont question. Ce béhaviorisme politique négatif à éviter s'appelle, pêle-mêle, tendance à l'émiettement ou atomisation à la énième puissance, balkanisation des espaces et des esprits ou ghettos de toutes formes, auto-angélisation, diabolisation mutuelle, clientélisme, crispation, cristallisation, suspicion, coups bas, contrecoups, coups d'Etat, rancunes, rancœurs, diktats, raidissement,
complexes, règlements de compte, mépris, démocratisme, intolérance, dédain, appétits déchaînés pour le pouvoir et l'avoir, cupidité, duplicité ou double langage, inconstance, inconséquence, malhonnêteté, banalisation de la parole donnée, marche à reculons, inébranlabilité ou insensibilité face au malheur d'autrui, mensonge, hypocrisie, égoïsme, sans froid de marbre même devant le ridicule, sectarisme de toutes sortes, lynchage de toutes natures, triomphalisme, machiavélisme, rivalités stériles, ambitions féroces et démesurées, exclusion, marginalisation, bellicisme permanent, confrontation perpétuelle, guerre ou querelle froides, disputes pour des leaderships autoproclamés, extrémisme, etc. Pour ne citer qu'une portion de cette drôle de typologie politique. A chacun d'aller savoir son classement, y méditer et tirer les conclusions qui s'imposent.

La psychologie différentielle, quant à elle, nous enseigne que nous sommes différents. A bien de points de vue, physique, mental, social, politique…. Ces différences devraient constituer - et heureusement d'ailleurs constituent dans une certaine mesure - non pas des blessures multilatérales, mais des enrichissements mutuels et collectifs. Nos milieux d'appartenance et de référence différents doivent être plutôt complémentaires, inclusifs que sources d'antagonismes exclusifs.

A défaut d'une union générale d'assurance mutuellement et communément consentie pour une démocratie consensuelle, sûre et rassurante pour chaque burundais, au moins il faut observer et signer un pacte de coopération horizontale franche, de réconciliation, de fraternisation et sceller une absence absolue de la confrontation violente de quelque nature qu'elle soit. Celle-ci est périlleuse et suicidaire. Elle fait le lit du statu quo ante, au mieux et du recul vers l'antipode de la démocratie, au pire. Bien évidemment, la réussite demande un sursaut qualitatif, un don de soi, un surpassement de soi.

L'on a perdu trop de temps, d'énergie, de vies humaines, de biens… La guerre doit pouvoir prendre fin. Car, même justifiée, elle a toujours son cortège de malheurs, ne serait - ce qu'en termes de cibles primaires mais également collatérales. Tout le monde y perd. En grande partie les innocents, en l'occurrence les populations civiles dont l'homme politique doit pourtant se garder de s'aliéner s'il ne veut pas se ruiner définitivement. Il faut avoir pitié de ce peuple qui n'a commis aucun péché pour mériter le verdict inique et injuste qui lui est imposé sans oublier les peines maximales y afférentes (capitales et autres souffrances permanentes) qu'il semble condamné à purger !


Puisque la guerre tue, détruit, fait absolument mal, elle doit céder le pas à la paix, à l'unité, à la démocratie…Et par voie de conséquence au développement, synonyme de valeurs qui construisent et font le bonheur de l'homme. En même temps, cela épargne l'homme politique de la répugnance populaire.

Au regard de tout ce qui précède, et sans préjudice de l'opinion pertinente d'autrui sur le sujet, il y a lieu de persister et signer pour affirmer que, dans tous les cas, il faut agir, vite et positivement pour accélérer l'arrivée d'un système démocratique au Burundi si jamais l'on veut construire un pays viable pour tous ses citoyens et si, intrinsèquement l'on veut être crédible devant l'opinion nationale et internationale. Le contraire étant un non sens.

La REDACTION

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