L'APRES GUERRE
Il est peut-être trop tôt de penser à l'après-guerre
mais la morale et la religion nous demandent de vivre dans
l'optimisme.
La guerre burundaise de plus de dix ans a été
difficile à définir. Les mots reflètent
les maux : Conflit interne. Rébellion. Lutte armée.
Guerre civile. Terrorisme. Génocide. Toute une gamme
de termes pour désigner la violence plus ou moins durable
dans notre pays.
Les médias ont souvent utilisé le mot "
rébellion " pour qualifier cette guerre.
Déjà en 1885, Sir Wilfrid Laurier écrivit
:
" Monsieur, ce qui est odieux ce n'est pas la rébellion,
mais le despotisme qui provoque cette rébellion, les
hommes qui ont le pouvoir de réparer les torts, mais
qui refusent de tenir compte des pétitions reçues
; ce sont ces hommes-là qui donnent une pierre lorsqu'on
leur demande du pain. Si cette rébellion est un crime,
par leur conduite, ont causé cette rébellion,
qu'à ceux qui y ont participé ".
Il est vrai que la rébellion n'est pas le résultat
de la bonne gouvernance mais bien le contraire. Avant cette
sale guerre, notre république n'était pas un
paradis comme certains prétendent le faire croire.
" Le Burundi était-il rose ? " Non plus il
n'est pas faux de dire que certains citoyens vivaient le paradis
tout en ignorant la misère des autres. Quand les burundais
ont accepté de se parler sans détours, ils n'ont
pas eu de la peine à trop fouiller. Ils ont vite convenu
que leur République était gérée
sur base ethnique, régionale, bref autocratique ou
d'autres considérations à caractère divisionniste
; mais pourtant de bons slogans sortaient de nos bouches et
on chantait la démocratie. Une démocratie sélective
! On ne peut réduire longtemps les peuples à
la simple représentation, livrés à des
spécialistes. Comme dit Rousseau " Si donc le
peuple promet simplement d'obéir, il se dissout par
cet acte ". Que serait donc une démocratie véritable
et conforme à notre morale de liberté ? Il ne
suffit pas que la démocratie assure une égalité
formelle et donne à tous les droits, encore faut-il
que ces droits deviennent effectifs mais cela dépend
toujours de l'intervention de la société elle-même
qui pèse sur les équilibres mécaniques.
Selon Jean-Pierre Derriennic, une série d'événements,
des décisions et de hasards peuvent faire déboucher
un conflit sur une guerre civile. Il affirme que les guerres
civiles sont des échecs des institutions.
" We learn from mistakes ", c'est vrai. Les burundais
devraient savoir aujourd'hui ce qu'il faut faire et ce qu'il
ne faut pas faire.
La guerre qu'on connaît était bel et bien prévisible.
Il y a des conflits qui sont gérables pacifiquement
pendant très longtemps dans certaines sociétés,
et tout à coup ils cessent de l'être parce que
les institutions ont cessé de jouer leur rôle.
Voilà qu'après mille et une négociation,
les burundais ont finalement convenu de s'asseoir ensemble
et ont produit un bon document, une solution à leur
vieux conflit : " L'Accord d'Arusha pour la paix et la
réconciliation ".
Et comme toutes les guerres, il a fallu des milliers et des
milliers de morts pour que nos politiciens prennent conscience.
Ce que le peuple attend encore, c'est dévisager les
criminelles. Les paroles vides et les discours politiques
digèrent très mal pour le moment. Le citoyen
honnête veut connaître la vérité
sur tout ce qui s'est passé au Burundi depuis
l'indépendance. Tout ces orphelins, ces dépourvus
et ces tout laissés pour compte ont la soif de connaître
les responsables de leurs malheurs et les motifs qui les y
ont conduit.
En effet, la " judiciarisation " des crimes contre
l'humanité est un processus international qui poursuit
son chemin. Le procès de Nuremberg était resté
sans lendemain. La poursuite d'éventuelles atrocités
en cas de guerre relevait du domaine réservé
des Etats. Puis, au cours des années 1990, tout s'est
accéléré. Mise en place des tribunaux
pénaux internationaux ad hoc pour la répression
des crimes ex-Yougoslavie et au Rwanda. Conclusion, en juillet
1998, à Rome, de la convention pour l'établissement
d'une cour pénale internationale. Cela n'est pas encore
trop bien admis par tous les Etats ; les résistances
restent fortes. Mais la tendance semble désormais ancrée
dans le système international.
Les politiciens burundais ne devraient pas perdre leurs énergies
en se pointant de doigt : " toi génocidaire !
Toi aussi génocidaire ", comme on l'entend trop
souvent. L'arroseur a-t-il peur d'être l'arrosé.
Dans ce genre de procès, la patience et la prudence
sont impératives. Fini le temps de procès à
la hâte où l'exécutif faisait passer sa
volonté comme une lettre à la poste.
Il est malhonnête et malheureux que ceux qui s'érigent
en grands défenseurs des droits de l'homme, initiateurs
de ligues de droits de l'homme et autres charlatans du droit
humanitaire ne parviennent à lever le petit doigt pour
dénoncer les auteurs des crimes contre l'humanité
commis il y a plus de
30 ans.
Voilà enfin que les historiens se ressaisissent et
conviennent de réécrire l'histoire récente
de notre pays.
Seulement j'ai peur que ceux qui ont eu plus de décorations
soient le plus convoqués par la cour pénale
internationale. Birago Diop dans un de ses poèmes disait
: " Les morts ne sont pas morts ", et chez nous
" les héros ne sont pas des héros ".
Les grands combattants n'ont pas conquis de territoire mais
ont tué leurs concitoyens. Cela est d'autant vrai du
côté de l'armée gouvernementale que du
côté de la rébellion.
Que sera l'après-guerre ? Le silence des armes. Mais
la paix n'est pas uniquement le silence des armes. C 'est
plutôt le retour de la démocratie réelle.
Les démocrates burundais n'ont pas pris les armes mais
ont lutté pacifiquement pour le retour de la démocratie.
Le peuple tant meurtri par cette guerre sans nom attend impatiemment
le jour " J " pour de prononcer contre ceux qui
ont pris les armes et pour ceux qui luttent pour leur bien.
Chez nous comme ailleurs, seul le peuple a le droit et le
devoir de punir ou de remercier les dirigeants.
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