ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE L'HONORABLE PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE DE TRANSITION DR JEAN MINANI A L'OCCASION DE LA PRESENTATION DE VŒUX DE NOUVEL AN PAR LES CORPS CONSTITUES A SON EXCELLENCE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.


Excellence Monsieur le Président de la République ;
Excellence Monsieur le Président du Sénat ;
Excellence Monsieur le Vice-Président de la République ;
Honorables membres du Bureau de l'Assemblée Nationale et du Sénat ;
Honorables Députés ;
Honorables Sénateurs ;
Messieurs, Mesdames les Ministres ;
Monsieur le Maire de la ville de Bujumbura ;
Mesdames, Messieurs les membres de la Commission de Suivi de l'Application de l'Accord d'ARUSHA ;
Excellences et Messieurs les Représentants Spéciaux des Secrétaires Généraux de l'UA et de l'ONU ;
Excellences Mesdames, Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et Consulaire ;
Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales ;
Messieurs les Représentants des Partis politiques ;
Messieurs les Représentants des Confessions Religieuses ;
Mesdames Messieurs les Représentants de la Société Civile ;
Mesdames, Messieurs.


1. En ce début du Nouvel an 2003, permettez-nous, Excellence Monsieur le Président de la République, de vous présenter à vous, à Madame votre épouse, à toute votre famille et au Peuple burundais tout entier, nos vœux les plus sincères pour une année de paix, de bonheur, de bonne santé, de prospérité et de stabilité politique, bref de bonne réussite sur les plans individuel et collectif. Nous émettons ces vœux au nom de l'Assemblée Nationale et en notre nom propre.

Excellence Monsieur le Président,

2. Les jours s'assemblent mais ne se ressemblent pas. Nous nous retrouvons aujourd'hui dans ce même palais de Kigobe où il y a un an nous étions tous réunis à l'occasion de la cérémonie solennelle de présentation des vœux à vous-même, à votre famille et à votre gouvernement. Nous formulions des vœux pour le rétablissement rapide de la paix et de la sécurité, qui aurait dû découler d'une façon quasi automatique de la signature de l'Accord d'Arusha en date du 28 août 2000, par 17 partis politiques associés à l'Assemblée Nationale et au Gouvernement.

Certes, l'Accord connaissait un début d'application, une Assemblée Nationale de transition était en place, un gouvernement de transition était à l'œuvre et bien d'autres volets de l'Accord étaient en chantier, qui, attendant une fondation solide pour être érigés, qui, attendant une consolidation pour devenir des piliers véritables pour une paix réelle.

3. Cependant, des doutes subsistaient. Au vu de la fréquence des violences qui ensanglantaient et endeuillaient le pays, certains ne croyaient plus que des bouts des lèvres à cette paix, aspiration de la majorité du peuple burundais, tout en étant une monnaie de chantage pour certains autres, dont les groupes armés. La situation, aujourd'hui, se présente tout autrement.
L'année 2002 s'est close sur la signature de l'Accord de Cessez-le-feu entre le gouvernement de Transition et les Mouvements armés d'Alain MUGABARABONA, de Jean Bosco NDAYIKENGURUKIYE et de Pierre NKURUNZIZA.
Le Cessez-le-feu qui a toujours été notre cheval de bataille est en train de prendre corps. La trajectoire tracée est en train de nous conduire tout droit au but, réellement nous voyons le bout du tunnel. N'en doutons pas, si nous ressentons les douleurs de l'enfantement, c'est que nous sommes en train d'accoucher de la Paix. C'est pour nous l'occasion de féliciter vivement ces mouvements qui au bout du compte ont choisi le camp de la paix, qui se sont fait violence pour consolider la réconciliation et forcent leur raison pour servir la concorde nationale.

La grandeur ne consiste pas tant à se battre, même pour une raison juste, qu'à diluer les raisons de son ressentiment dans la négociation et la compréhension de l'autre, avec l'autre.

Dès lors nous lançons un appel pressant au mouvement PALIPEHUTU-FNL d'Agathon RWASA pour rejoindre immédiatement, mais avec bonne volonté, la table de négociation. Aujourd'hui, il est encore temps de prendre le train en marche, demain ce sera trop tard. Le Burundi se construira avec ou sans ce mouvement, il vaut mieux que ce soit avec, que sans.

Nous déplorons cependant que des tentatives de violation du Cessez-le-feu soient signalées par ici, par là, au risque de justifier et de légitimer les atermoiements, les hésitations de ce mouvement à faire une marche résolue en avant pour construire avec nous le pays. Ceux qui s'adonnent, ces derniers jours, à la provocation des militaires attentent certainement à la viabilité du Cessez-le-feu. Cependant ces provocations ne peuvent en aucun cas justifier une répression sans commune mesure des pillages systématiques de la part de certains éléments des forces de l'ordre et de sécurité comme cela vient d'être le cas hier dans les quartiers de Taba et de Gasenyi.
Nous condamnons ces actes et demandons instamment des enquêtes conséquentes pour déterminer les responsables ces actes et les punir à la mesure de leurs forfaits. Que toutes les familles éprouvées trouvent ici l'expression de notre sympathie.

4. L'année 2003 sera impérativement l'année de la sécurité pour tous. L'Assemblée Nationale, fidèle à la mission lui dévolue, mettra à la disposition du gouvernement les instruments juridiques et constitutionnels nécessaires pour créer et promouvoir les conditions propices à l'application des différents Accords de Cessez-le-feu. Leur mise en œuvre viendra étoffer et enrichir notre société qui se veut un Etat de droit. C'est ce que ont exprimé clairement les politiciens burundais en pourparlers à Arusha, en inscrivant dans l'Accord les différentes réformes y afférentes en matière des corps de défense et de sécurité et dans le secteur juridique et administratif. Il va sans dire que ces réformes ont le soutien entier et sans faille de l'Assemblée Nationale.

Excellence Monsieur le Président ;
Honorables Députés et Sénateurs ;
Mesdames et Messieurs les Ministres ;
Mesdames et Messieurs.

5. Si les volontés politiques semblent converger pour réunir et protéger les conditions pour l'éclosion de la paix, un ennemi, de taille, risque de tout mettre en cause et faire souffrir tout le processus.
Il s'agit de la pauvreté, véritable fléau engendré par la nation entière. Tout en invitant le Gouvernement à élaborer une véritable stratégie de lutte contre la pauvreté, par des mesures réalistes, efficaces et adaptées à chaque cercle, couche ou entité de la République, nous nous adressons, une fois de plus, à la communauté internationale pour libérer sans retard les moyens promis aux conférences de Genève et de Paris. L'oxygène réanime un corps agonisant, passé la limite, il devient un gaspillage.

Nous nous réclamons de l'amitié longtemps entretenue avec nos partenaires pour leur demander avec insistance en ces circonstances particulières une solidarité agissante. Ceux qui nous ont accompagné dans ce long processus politique doivent comprendre que son corollaire - le développement économique - ne peut relever de la génération spontanée mais qu'il ne peut résulter que de l'injection massive de moyens propres à créer les conditions d'une véritable relance économique. Qui ne sème rien ne récolte rien. Si cela est vrai sur plan agricole, ce l'est davantage sur le plan de la gestion des sociétés étatiques.

Excellence Monsieur le Président ;
Honorables Députés et Sénateurs ;
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement ;
Mesdames, Messieurs.

6. Dans la nature, les gènes inscrits dans chaque espèce déterminent un mécanisme qui préside au processus de naissance, de croissance, de vieillissement et même d'extinction des sujets de l'espèce.
L'homme est tellement admiratif de ce processus qu'en plus du mécanisme qui le régit lui-même, il cherche à imiter la nature en calquant sur sa société les lois qu'ils constate dans cet amas de choses qui n'ont pour seul maître que Dieu, car selon un auteur latin " Deus est natura " - " La nature c'est Dieu ". Les sociétés sont d'autant plus avancées ou civilisées que l'application de ces principes a acquis un caractère de spontanéité, d'automaticité tel que, à tout moment, chacun sait ce qu'il doit faire, où il doit être, quelle relation il doit entretenir avec la société, ce qu'il doit en attendre et ce qu'il doit lui donner. Une telle imbrication crée une harmonie qui favorise la croissance et l'épanouissement de la société.

S'agissant du Leadership de la transition, les négociateurs à Arusha se sont entendu que celle-ci comporterait deux parties, la 1ère allant jusqu'au 1er mai 2003 qui vous a été dévolue, la 2ème prenant effet à cette échéance revenant à votre collaborateur direct, nous avons nommé le Vice-Président de la République.

C'est dire, Excellence Monsieur le Président de la République, que l'année 2003 s'inscrit aussi dans la ligne de l'alternance politique, une alternance pacifique, une alternance automatique, qui ne doit susciter ni rumeurs, ni commentaires, ni désespoir, ni chez les uns, ni chez les autres. Ce départ, inscrit dans la Constitution de Transition dont vous avez été un artisan ardent, ne doit préjuger ni de vos mérites ni de votre popularité. Nous reconnaissons tous le pas important que vous nous avez fait franchir, nous l'apprécions à sa juste valeur et nous l'inscrirons dans l'histoire de notre pays. Nous aurons sûrement l'occasion d'y revenir en son temps mais recevez déjà les hommages et les remerciements de toute la population burundaise, qui dans ses diverses tendances, est représentée équitablement dans cette prestigieuse institution que nous avons l'honneur de conduire.

Excellence Monsieur le Président ;

Comme à chaque échéance importante, les faiseurs de rumeurs s'activent déjà. Des spéculations savamment distillées sont répandues ça et là faisant état d'une résistance possible de votre part, Excellence Monsieur le Président, de ne pas céder le fauteuil présidentiel à quelqu'un d'autre, fusse-t-il votre héritier constitutionnel.

C'est mal vous connaître et c'est méconnaître, votre détermination politique à remettre sur les rails ce pays qui a été mis à mal par dix ans d'une guerre civile sans merci.

C'est vouloir gommer d'un trait votre contribution si grande, vous qui avez accepté et insisté pour que cette passation de témoin ne se fasse pas par un pur hasard, mais qu'elle soit consignée dans la Constitution de Transition. Nous demandons ardemment à vos détracteurs de ne pas ajouter au crime de mensonge et de calomnie celui d'atteinte à votre crédibilité et à votre l'honorabilité.

Néanmoins ce départ annoncé dans moins de 4 mois et qui constitue une échéance très importante pour la population burundaise nécessite une bonne préparation psychologique, politique, institutionnelle et matérielle, pour que l'attachement des uns ou la reconnaissance des autres ne soit pas prétexte à d'autres dérapages semblables à ceux que nous avons connus par le passé et qui ont été cause de nos malheurs.

Toutefois aujourd'hui, nous nous réjouissons de ce que les politiciens burundais, et à leur remorque la population toute entière, aient évolué notablement en mettant en avant l'intérêt général au détriment des intérêts particuliers et sectaires, qu'ils accordent plus de valeur au respect de la loi fondamentale, de la parole donnée et engagée, qu'ils ont acquis un sens véritable du compromis politique et qu'ils en font, pour la plupart, un cheval de bataille dans leur vie quotidienne. Ces attitudes-là honorent les acteurs politiques et constituent un facteur de paix, une marque de maturité politique et la preuve face à l'opinion nationale et internationale de la viabilité d'une société politique, d'une nation.

Excellence Monsieur le Président,

Ensemble nous nous sommes engagés sur la voie de la démocratisation. Ensemble nous avons parcouru un long chemin, vu la longue distance qui nous séparait des temps où le concept " démocratie " était enfui dans l'obscurité des principes qui donnaient aux souverains le droit de vie et de mort sur les sujets. Même si vous partez vous resterez un observateur attentif de la vie politique et de la consolidation de la démocratie. Nul doute que si vous décelez des embûches vous nous avertirez et ensemble nous les lèverons.

C'est donc une relance de la démocratisation qui s'amorce avec l'an 2003 puisque nous aspirons à ce que les mandataires politiques et administratifs exercent leur mandat au nom du Peuple avec l'aval de celui-ci. C'est pourquoi parmi les échéances auxquelles nous devons préparer le Peuple burundais, les plus importantes sont celles de la mise sur pied d'un code électoral, de la Constitution et d'une commission électorale en vue de permettre l'organisation des élections au niveau de la colline,
au niveau de la commune et au niveau national au bout desquelles la société burundaise sera gérée de la base au sommet par des élus du Peuple. Est-ce un rêve sans lendemain ! Assurément non.

En négociant la société de demain, les négociateurs l'ont voulu ainsi. Rien n'empêche donc que cela se réalise. Là où il y a volonté politique, l'action suit pour la parachever et lui donner corps.

7. Nous ne pouvons conclure cette allocution sans adresser des mots de reconnaissance à tous les acteurs, politiques et autres, nationaux et internationaux, qui nous ont été d'un secours évident pour aboutir au pas franchi dans la longue marche pour la paix.
Que tous ceux qui ont financé les négociations, ceux qui ont apporté leurs conseils, ceux qui nous ont exprimé leur sympathie, trouvent dans ces lignes des accents de sincère gratitude.


8. C'est sur ces paroles que nous réitérons, Excellence Monsieur le Président, nos vœux les meilleurs pour la réalisation de vos projets, qu'ils soient personnels, qu'ils concernent la nation. Que l'année 2003 vous soit une année qui verra couler beaucoup de lait et de miel, pour votre bonheur et celui du Peuple burundais tout entier.

Nous vous remercions.