DISCOURS D'OUVERTURE DE LA SESSION DE JUIN
Honorables Membres du Bureau de l'Assemblée Nationale
de Transition,
Honorables Députés,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Messieurs les Représentants des Secrétaires
Généraux de l'ONU et de l'Union Africaine,
Mesdames, Messieurs les Chefs des Missions Diplomatiques et
Consulaires,
Messieurs les Représentants des Organisations Internationales,
Mesdames, Messieurs les Membres de la Commission de Suivi
de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation,
Messieurs les Présidents des formations politiques
agréées,
Distingués invités,
Mesdames, Messieurs,
Nous nous retrouvons ce lundi 2 juin 2003 pour procéder
à l'ouverture solennelle de la session de l'Assemblée
Nationale qui porte le même nom, la première
des cinq programmées qui doivent nous mener inexorablement
vers la fin de la transition, vers des institutions définitives
d'un Burundi stabilisé, un Burundi réconcilié.
C'est le premier jalon, le fondement d'une bâtisse que
nous voulons ériger en dur pour abriter tous les fils
et toutes les filles de ce pays, aménageant une place
pour chacun, reconnaissant et protégeant le droit de
chaque citoyen, dans le strict respect des droits de tous
les autres. C'est dire l'importance de cette session.
La session de février s'est close sur une note d'espoir
et de gaieté. En effet, alors que des sentiments confus
empreignaient les uns et les autres quant au déroulement
normal, programmé, du processus de paix tel que convenu
à Arusha, les plus hautes autorités du pays
se sont empressées de mettre en exécution certains
termes de l'Accord, levant ainsi toutes les équivoques
et mettant fin à une série de spéculations.
Le calme avec lequel les burundais, notamment les politiciens,
ont accueilli certaines décisions augure de leur maturité
politique et suscite l'espoir de voir le reste du processus
de paix s'enclancher harmonieusement, ce qui serait un grand
argument pour amener le reste de la rébellion à
la table de négociations. Cet environnement nous trace
des horizons nouveaux et des perspectives nouvelles que nous
tous devons exploiter pour redonner confiance au peuple burundais
trop longtemps emprisonné dans le doute et le désespoir.
Il y a, comme cela, des occasions historiques qui ne s'offrent
qu'une fois, ne pas les percevoir c'est de la cécité,
les négliger est de la culpabilité.
Excellences,
Honorables Députés,
Distinguées Invités,
Mesdames, Messieurs,
En procédant au lancement des travaux de cette session,
qu'il nous soit permis de vous exprimer toute notre gratitude
pour Votre présence, ici, dans cet hémicycle.
Les Députés reviennent, pleins d'énergie
et de courage, malgré un travail harassant qu'ils ont
accompli le mois écoulé. Nous avons, à
ce sujet, reçu des rapports et nous en avons été
témoin. Les vacances parlementaires, contrairement
à ce que pourrait croire l'opinion, ne sont pas une
période de repos et de prélassement, ce sont
d'autres activités, en liaison avec les couches représentées
à l'Assemblée Nationale, effectuées souvent
en leur faveur et même autant que possible avec elles.
Vous les diplomates et autres visiteurs avez sursis, le temps
que durera cette ouverture, à vos préoccupations
habituelles pour nous témoigner une fois de plus et
comme à l'accoutumée votre attachement à
notre institution. Vous faites preuve d'une constance qui
force notre estime et notre amitié. Aux uns nous adressons
nos félicitations, aux autres notre salut empreint
de chaleur et de déférence. C'est pour nous
un insigne honneur de vous accueillir en notre sein en vous
priant de toujours nous accompagner surtout en ces périodes
qui s'avèrent déterminantes pour l'avenir de
notre pays.
Excellences,
Honorables Députés,
Distinguées Invités,
Mesdames et Messieurs
La session qui s'amorce aujourd'hui aura à examiner
deux séries de projets de loi. La première est
celle des projets de loi qui étaient programmés
lors de la session précédente. Ils sont au nombre
de (6) six.
Il s'agit de :
1. Projet de loi portant immunité provisoire de poursuites
judiciaires en faveur des leaders politiques entrant d'exil
;
2. Projet de loi portant création, organisation et
compétence de la Cour des Comptes ;
3. Projet de loi régissant la presse ;
4. Projet de loi portant création, composition et
fonctionnement du Conseil National de la Communication ;
5. Projet de loi portant distinction des postes politiques,
des postes techniques et administratifs ;
6. Projet de loi portant Ratification du Protocole relatif
au fonds de Coopération, de compensation et de développement
du Marché Commun de l'Afrique Australie signé
à Addis-Abeba le 23 Mai 2002 ;
Si le temps a manqué au gouvernement et pour certains
projets à l'Assemblée Nationale parce qu'il
y aurait encore des tergiversations et des consultations,
nous osons espérer que la longue nuit faite par vos
vacances parlementaires vous a porté conseil et que
leur analyse et leur conclusion ne sera en somme qu'une formalité.
La deuxième série est celle des projets nous
envoyés par le gouvernement pour cette session. Ils
sont au nombre de (13) treize. Il s'agit de :
1. Projet de loi portant ratification de l'Accord Général
de coopération entre le Burkina Faso et le Burundi
signé à Bobo-Dioulasso le 12 Décembre
1997 ;
2. Projet de loi portant Statut Général des
fonctionnaires ;
3. Projet de loi communale ;
4. Projet de loi portant création des communes urbaines
;
5. Projet de loi portant Révision des Limites du périmètre
urbain de Bujumbura ;
6. Projet de loi portant réforme du Code de l'organisation
et
de la compétence judiciaire ;
7. Projet de loi portant organisation et fonctionnement de
la Cour Suprême ainsi que de la procédure suivie
devant elle ;
8. Projet de loi portant réforme du Code de procédure
civile ;
9. Projet de loi portant modification de la loi du 17 Février
1964 relatif à l'impôt réel ;
10.Projet de loi portant réglementation du droit d'auteur
et des
droits voisins au Burundi :
11. Projet de loi portant missions, composition, fonctionnement
et conditions de travail des corps de défense et de
sécurité ;
12. Projet de Code électoral ;
13. Projet de constitution post-transition.
Excellences,
Honorables Députés,
Distinguées Invités,
Mesdames et Messieurs
Tous les projets et pas seulement ceux-ci doivent être
étudiés et conclus dans l'intérêt
de la population. Nous la représentons dans ses intérêts,
son intérêt seul doit nous guider. Quel que soit
l'intérêt d'un projet de loi, son importance,
sa structure, ses conséquences, nous devons, et nous
soulignons ce devons, nous devons donc l'étudier dans
une absolue abnégation de soi, de nous, pour en tirer
la quintessence, la substance qui ait un impact réel,
positif pour notre population.
En particulier, tous ces projets de loi destinés à
mettre en uvre et à parfaire l'Accord d'Arusha
doivent requérir une attention soutenue de notre part
puisqu'ils conditionnent le développement harmonieux
de notre pays. Qu'il s'agisse de la loi communale, du code
électoral, de la constitution post-transition, la légèreté
et le sentimentalisme ne doivent être de mise. Nous
devons soigner tous ces instruments pour éviter que
les générations futures n'y trouvent matière
à conflit tout comme les drames que nous avons vécus
proviennent de la mauvaise gouvernance. Si nos enfants, petits
enfants et leurs descendants nous louent, c'est que nous nous
serons montrés à la hauteur dans notre tâche.
Sinon, nous laissons à chacun le soin de compléter,
selon son humeur et sa conscience. Dans tous les cas, évitons
qu'ils ne prononcent à notre encontre cette phrase
terrible, " Nos pères ont mangé les raisins
verts et nos dents en sont agacées ".
Pour ce faire, nous invitons nos compatriotes qui sont encore
dans la rébellion et qui boudent la table de négociation
de nous rejoindre dans le chemin de la paix que nous sommes
patiemment en train de creuser et d'embellir. La paix ne se
conçoit et ne s'apprécie qu'à plusieurs.
Il est bon que nous la goûtions ensemble. Tel un rayon
de miel butiné dans quelque fleur sauvage, nous la
savourerons d'autant plus que nous l'aurons cherchée.
Nous l'avons poursuivie longtemps, il est temps que nous l'attrapions.
Excellences,
Honorables Députés,
Distinguées Invités,
Mesdames et Messieurs
Dans cette quête incessante de la paix, nous demandons
le soutien de la communauté internationale. Nous demandons
en particulier à l'Union africaine d'intensifier ses
efforts pour que les forces de la mission africaine arrivent
toutes au plus tôt et s'atterrent au travail pour que
le cantonnement soit une réalité pour mettre
fin à certains actes de barbarie qui ne s'expliquent
que par le manque d'arrêt de combat sur terrain.
A la communauté sous-régionale nous demandons
de nous accompagner dans nos efforts de rassembler tous les
burundais dans le même sein et dans un même idéal
pour mettre fin à la guerre et susciter un développement
profitable et durable pour tous et pour chacun. En particulier
nous demandons à nos pays voisins de refuser de servir
de repaire pour les rebelles d'où ils pourraient lancer
des attaques contre leur pays.
A la communauté internationale, nous demandons de
joindre le geste à la parole. Il y a des fonds longtemps
promis lors des conférences de Paris et de Genève
et dont la venue se fait attendre. Leur rétention exaspère
la population qui nourrissait l'espoir de voir sa misère
diminuer.
Enfin et surtout, les efforts de la communauté internationale
ne pourront venir que pour épauler nos propres efforts.
Et dans ce cas, la balle est dans le camps de la rébellion
qui n'a pas encore signé les accords de cessez-le-feu
ou qui les a signés sans les respecter. Nous encourageons,
nonobstant, le gouvernement, à multiplier ses efforts
pour les ramener à la table de négociation et
conclure définitivement l'arrêt de la guerre.
Pour que les efforts de la Communauté Internationale
soient rentabilisés au maximum, nous demandons au Gouvernement
de s'impliquer dans une lutte acharnée contre la corruption,
les malversations économiques et financières
ainsi que les autres méfaits que la population réprouvent.
Ces pratiques s'observent au niveau de certains services étatiques
dans lesquels la population ne se reconnaît plus. En
cela l'exemple doit venir de tous les milieux en partant du
haut.
C'est par ces paroles que nous déclarons ouverts les
travaux de la session de juin 2003 auxquels nous souhaitons
sagesse et plein succès.
Nous vous remercions.