DISCOURS DE SON EXCELLENCE L'HONORABLE PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE DE TRANSITION LORS DE L'OUVERTURE DE LA SESSION ORDINAIRE DE FEVRIER 2004.

Bujumbura, le 02 Février 2004

Honorables membres des Bureaux de l'Assemblée Nationale de Transition,
Honorables Députés,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les membres de la Commission de Suivi de l'Application de l'Accord,
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil de la Communication,
Mesdames, Messieurs les Représentants des Missions Diplomatiques, Consulaires et des Organisations Internationales,
Distingués invités,
Mesdames, Messieurs

Nous nous retrouvons aujourd'hui pour procéder à l'ouverture de la première session de la dernière année de la période de transition. C'est dire que nous nous acheminons, lentement mais sûrement vers l'accomplissement de tout ce qui a été négocié d'abord, consigné ensuite, dans l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, complété par les différents accords additionnels de cessez-le-feu.

C'est pour nous une occasion supplémentaire de vous souhaiter la bienvenue dans cette cérémonie traditionnelle qui vous est devenue familière, où votre présence nous témoigne de votre amitié et reflète l'intérêt que vous portez à notre Institution et à notre pays. Soyez donc les bienvenus.

Cette première session vient au début de l'année, période que les usages consacrent à la présentation des vœux. Vous me permettrez donc de souhaiter qu'elle soit pour chacun et chacune d'entre vous porteuse de tous les bienfaits. Qu'elle apporte la paix, la santé et la prospérité à vous, au peuple burundais ainsi qu'aux peuples et organisations amis du Burundi.
C'est aussi une occasion de plus de vous exprimer, à tous et à chacun, notre gratitude ; pour nous avoir encouragé et accompagné dans le processus de paix qui tire véritablement vers sa fin. Chacun y a contribué à son niveau et à sa mesure, soyez donc remerciés.


Excellences,
Honorables Députés,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

La présente session ordinaire se situe à un tournant décisif et historique de l'avenir politique et institutionnel de notre pays. En effet, située au lendemain de la signature de l'Accord Global de cessez-le-feu entre le Gouvernement et le mouvement CNDD-FDD de NKURUNZIZA Pierre, à la veille des élections qui vont déterminer le paysage politique de la période post-transition, cette session intervient au moment où le Peuple Burundais tout entier, les acteurs politiques burundais, la Communauté Sous-Régionale et Internationale s'interrogent sur un bon nombre de questions fondamentales et très sensibles relatives à l'application intégrale de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation, et des accords de cessez-le-feu signés avec différents mouvements.

Elle intervient tout particulièrement au moment où les Burundais attendent impatiemment les négociations de paix et la fin des hostilités avec le PALIPEHUTU-FNL d'Agathon RWASA. Elle vient au moment où les forces combattantes FDD vont être incessamment cantonnées, opération qui sera suivie de la constitution de nouvelles forces armées burundaises conformément aux différents accords de paix. Le début de cette session coïncide également avec le lancement, par Son Excellence le Président de la République, du débat sur l'avant-projet de Code Electoral.

Vous l'aurez compris, il s'agit d'une période charnière au cours de laquelle, nous en sommes convaincu, l'Assemblée Nationale sera appelée à jouer un rôle immense et déterminant.

Excellences,
Honorables Députés,
Distingués invités,
Mesdames, et Messieurs,

Les vacances parlementaires, destinées à restaurer la santé et l'entrain des honorables députés, n'auront pas été de tout repos. Outre qu'ils se sentaient l'obligation morale d'approcher leurs électeurs pour les soutenir, les assister dans leur compréhension des problèmes du moment, ils ont été obligés de suivre une formation destinée à rendre leurs connaissances plus vastes dans un monde où la communication est devenue un instrument indispensable à toute personne qui veut se frayer un chemin dans le leadership politique. Malgré cela, à leur mine, à la fois réjouie et fraîche, nous devinons qu'ils ont su ménager leur force et qu'ils reviennent plein d'énergie pour aborder avec détermination, un travail abondant mais combien exaltant.

A ce sujet, l'ordre du jour est éloquent. Le Gouvernement de Transition vient en effet de nous adresser une liste de projets que nous livrons dans leur intégralité. Il s'agit de :

1° Projet de loi portant création, composition et fonctionnement du Conseil National de la Communication ;

2° Protocole additionnel à la Convention relative aux droits de l'enfant ;

3° Projet de loi portant ratification par la République du Burundi du Protocole facultatif à la convention relative aux droits de l'enfant concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés ;

4° Projet de loi portant ratification par la République du Burundi du protocole facultatif à la convention de l'enfant concerne la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène les enfants ;

5° Projet de loi portant Code de l'organisation et de la compétence des juridictions militaires ;

6° Projet de loi portant révision des limites du périmètre urbain ;

7° Projet de loi portant organisation et fonctionnement de la Cour Suprême ainsi que de la procédure suivi devant elle ;

8° Projet de loi portant création des communes urbaines ;

9° Projet de loi portant réglementation du droit de l'auteur et des droits voisins au Burundi ;

10° Projet de loi portant institution d'un système d'identification des contribuables ;

11° Deux projets de lois modifiant certaines dispositions de la loi du 21 septembre 1963 relatif à l'impôt sur les revenus professionnels ou impôt professionnels ;

12° Le projet de loi portant statut général des fonctionnaires ;

13° Projet de loi portant statut du Chef de l'Etat à l'expiration de ses fonctions ;

14° Projet de Constitution de post-transition ;

15° Projet de Code Electoral ;

16° Projet de loi communale ;

17° Projet de loi portant missions, composition, fonctionnement et conditions de travail de corps de défense et de sécurité ;

18° Projet de loi portant missions, composition, fonctionnement de la Commission Nationale pour la Vérité et la Réconciliation ;

19° Projet de loi modifiant certaines dispositions du Décret-loi n°1/4 du 14 janvier 1989 portant réformes de la taxe sur les transactions ;

20° Projet de loi portant modifications de certaines dispositions de la loi du 21 septembre 1963 relatives à l'impôt sur les revenus des capitaux mobilier ou impôt mobilier ;

21° Projet de loi portant révision de certaines dispositions de la loi n°1/011 du 30 décembre 1985 portant institution d'un prélèvement forfaitaire sur divers impôts ;

22° Projet de loi portant fixation du taux des droits de douanes sur les produits importés ;

23° Projet de loi portant modification de certaines dispositions du Code des personnes et de la famille ;

24° Projet de loi portant protection de l'enfant en situation difficile ;

25° Projet de loi portant protection de l'enfant délinquant ;


26° La Ratification de la Convention sur la gestion durable du Lac Tanganyika ;

27° Le Protocole de cartagena sur la prévention des risques relatifs à la convention sur la diversité biologique ;

28° Adhésion du Burundi à l'Accord sur les oiseaux d'eau migrateurs de l'Afrique et de l'Eurasie (AEWA) ;

29° Protocole relatif au Fonds de Coopération, de Compensation et de Développement du Marché COMESA ;

30° Projet de loi Cadre-OMS Antitabac ;

31° La Convention Internationale pour la répression du financement du terrorisme ;

32° La Convention des Nations-Unies contre la criminalité transnationale organisée et ses protocoles ;

33° Le Traité de Pelindaba faisant de l'Afrique une Zone exempte d'armes nucléaires.

A cela, ajouter de nombreux amendements de projets de loi précédemment transmis au Sénat de Transition.

Excellences,
Honorables Députés,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

A la lumière de l'expérience passée, un ordre du jour touffu n'a jamais pu être épuisé ; non pas que l'attention qu'il sollicite de la part des Honorables Députés puisse être prise en défaut, mais surtout parce que les textes annoncés ne sont pas disponibilisés à temps et que les compromis politiques nécessaires pour concilier toutes les familles politiques nécessitent un certain délai pour leur mise en forme. Dès lors il y a lieu de s'interroger sur les dispositions de l'Exécutif qui rejettent à des intervalles aussi éloignés que de la quatorzième à la dix-huitième place des projets de lois aussi vitales que les projets de lois concernant la Constitution post-Transition, le code électoral, la loi communale, les corps de défense et de sécurité ainsi que la Commission Nationale pour la Vérité et la Réconciliation. Le pas franchi dans le processus de paix et la société attendue pour demain exigent une bonne préparation législative et politique qui ne peut tolérer un travail bâclé parce que précipité. Permettez-nous, à cet égard, d'exprimer notre total désaccord avec le Gouvernement.

Le Gouvernement doit faire un effort et nous faciliter la tache. En effet, nous lui recommandons avec énergie de transmettre sans plus tarder tous les projets de lois relatifs aux urgentes préoccupations du moment à savoir le cantonnement des combattants, la formation des nouvelles forces de défense et de sécurité ainsi que les élections à tous les niveaux convenus à travers l'Accord d'Arusha. Il s'agit précisément des projets de lois suivants :

- Le projet de loi portant missions, composition, fonctionnement et conditions de travail des corps de défense et de sécurité ;
- Le projet de loi portant Code Electoral ;
- Le projet de Loi Communale et
- Le projet de Constitution Post-transition.

Bien que conditionnant l'avenir immédiat de la Nation burundaise, ces projets de lois sont apparemment considérés comme non prioritaires par certains milieux gouvernementaux. Depuis deux sessions en effet, ces projets de lois sont régulièrement portés à l'ordre du jour du Parlement sans que les textes y relatifs soient enregistrés dans nos services. Il en est ainsi même en ce moment. Nous avions noté un pas positif avec le lancement du débat sur l'avant-projet de Code Electoral, mais venons de constater, dans l'ordre du jour de la présente session, que ces projets de lois figurent comme avant en position non prioritaire.

Nous regrettons cette situation et recommandons une fois de plus au Gouvernement d'engager la vitesse supérieure, de manière que d'une part ces projets bénéficient de la priorité, et que d'autre part ils nous soient transmis à la mi-février 2004. Ceci permettrait à l'Assemblée Nationale de s'acquitter de son devoir législatif et au pays de se préparer sereinement aux futures échéances politiques.

Car, ces échéances auront bien lieu et dans les délais convenus dans le cadre de l'Accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi. Aujourd'hui il n'est pas permis d'en douter, il est seulement permis de préparer ces échéances de manière à garantir leur réussite du point de vue des intérêts du pays et des populations. La préparation qu'il convient d'entamer dès aujourd'hui est politique, matériel et logistique.

Certes, l'exécutif a toujours présumé de la bonne volonté et de la générosité des Honorables Députés qui se donnent sans compter jusqu'à des heures tardives sans autre récompense que la conscience d'un devoir bien accompli, mais il est souhaitable de ne pas mettre leur résistance à rude épreuve dans des moments aussi délicats que ceux-ci qui sollicitent toute leur attention et leur ingéniosité.

Excellences,
Honorables Députés,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Dans notre pays, je viens de le dire, nous avons certainement fait des progrès mais néanmoins, face à certaines situations, la population s'interroge et s'inquiète. Lorsqu'elle apprend qu'un mouvement qui a intégré le gouvernement dispose d'une administration parallèle structurée, des cours et tribunaux parallèles où des citoyens sont jugés et emprisonnés dans des cachots inconnus du pouvoir, ceci est de nature à compromettre sérieusement l'autorité de l'Etat dont ils sont des éléments. L'Etat doit prendre aujourd'hui toutes les dispositions nécessaires pour rétablir l'ordre en son sein pour que ce mouvement sache qu'il est membre à part entière du Gouvernement et qu'il doit respecter l'esprit et la lettre de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et l'accord global de cessez-le-feu signé le 16 novembre 2003. Tout signataire de l'Accord ou de son addendum est tenu de respecter ses clauses, c'est le respect de la parole donnée. Par ailleurs, la population continue à s'interroger encore sur la nécessité de la poursuite des combats alors que nous avons appris que le PALIPEHUTU-FNL d'Agathon Rwasa est en train de se rendre de plus en plus compte de l'évidence qu'il n'y a pas d'autre alternative que le Processus de Paix par voie de négociation et de retour au bercail. Nous profitons d'ailleurs de cette occasion pour relancer notre appel incessant pour que nos frères et sœurs du PALIPEHUTU-FNL d'Agathon Rwasa encore enfermés dans cette logique de guerre regagnent promptement la table de négociation, dans la sincérité ; dans la sérénité, avec un désir véritable du compromis politique rapide.

Excellences,
Honorables Députés,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Le mouvement de grève initié par le syndicat CONAPES n'est pas pour perpétuer la paix et la sérénité. Pour ce qui est des revendications du syndicat des enseignants du CONAPES, elles sont tout à fait fondées. Il est tout à fait légitime que la population en général, le syndicat des enseignants en particulier, cherchent à améliorer leurs conditions de vie. Mais il est irréaliste et illusoire de vouloir tout, tout de suite et sans condition. Si le Gouvernement est tenu de faire tout ce qu'il peut pour adoucir les conditions d'existence de la population, il n'est tenu que dans les limites du possible et c'est ce qu'il essaie de faire. Nous l'invitons cependant à faire le maximum pour clôturer ce dossier.
Nous sommes aussi d'accord que les intérêts de l'enfant ou de l'élève burundais doivent être sauvegardé à tout prix et que le Gouvernement et les enseignants ont pour mission inaliénable l'éducation de la jeunesse. Nous ne pouvons admettre que les intérêts de l'enfant burundais soient sacrifiés par ceux qui ont pour mission première leur protection et leur promotion. Tout doit être mis en œuvre pour que la jeunesse de l'enseignement public retrouve le chemin de l'école dans les meilleurs délais.

Concernant les revendications des étudiants de l'Ecole Normale Supérieure, ENS en sigle, elles sont compréhensibles et légitimes car liées à la mort d'un étudiant, mort qui a profondément choqué l'opinion. Nous demandons au Gouvernement d'établir très rapidement les responsabilités de chacun dans cette affaire pour que justice soit faite. Toutefois, en attendant que ce dossier aboutisse, nous demandons que ces étudiants reprennent rapidement le chemin des amphithéâtres,
qu'ils fassent confiance à l'autorité de l'Etat et qu'ils ne cherchent pas à la défier en voulant imposer par tous les moyens leurs volontés et leurs revendications. Eux qui sont les dirigeants de demain nous les invitons à faire preuve de sagesse et de diligence.

Honorables membres des Bureaux de l'Assemblée Nationale et du Sénat de Transition,
Honorables Députés,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les membres de la Commission de Suivi de l'Application de l'Accord,
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil de la Communication,
Mesdames, Messieurs les Représentants des Missions Diplomatiques, Consulaires et des Organisations Internationales,
Distingués invités,
Mesdames, Messieurs

Dans ces moments difficiles qui ont duré déjà dix ans, nous avons bénéficié d'un soutien moral, matériel et financier de nos partenaires. Ils ont toujours été sensibles particulièrement aux moments de calamité humaine à nos malheurs et ont apporté l'aide d'urgence requise, sans retard et sans conditions. Nous voulons, à l'orée de l'ère nouvelle qui commence, les remercier très sincèrement pour les promesses faites de nous assister financièrement à hauteur d'un milliard trente deux millions de dollars pour nous aider à rapatrier et réinstaller les réfugiés et les autres sinistrés de guerre, équilibrer le budget, organiser les élections, réorganiser les corps de défense et de sécurité et nous en passons. Notre espoir est que cette assistance ne souffrira d'aucune conditionnalité qui retarderait directement ou indirectement sa mise à la disposition du Gouvernement du Burundi. Nous croyons ainsi que toutes les réformes envisagées connaîtront une réalisation qui générera la paix et l'harmonie dans notre pays. Cette harmonie, prenons garde de ne pas la perturber avant sa naissance et sa consolidation.

Excellences,
Honorables députés,
Distingués invités,


Quant à nous, nous voudrions porter à la connaissance de l'opinion nationale et internationale, que nous ne ménagerons aucun effort pour amener l'Institution législative à jouer, au cours de cette session, le rôle qui est le sien : Celui de remettre le peuple burundais qu'il représente sur la voie de la paix, de la stabilité politique, de la réconciliation nationale, de la démocratie et du développement.

Excellences,
Honorables Députés,
Distingués invités,

La tâche qui nous attend, au cours de cette période est absolument immense. Au delà de notre mission classique et habituelle de voter la loi et contrôler l'action gouvernementale, nous serons appelés à doter le Burundi de l'arsenal juridique lui permettant de tourner le dos à la sombre histoire que nous venons de vivre pendant des décennies.

Le peuple burundais tout entier a le regard tourné sur nous et compte beaucoup sur l'Institution parlementaire. Nous n'avons pas le droit de décevoir. Nous devons travailler avec doigté, sagesse, dévouement, courage et abnégation.

C'est sur ces paroles que nous déclarons ouverts les travaux de la session ordinaire de février 2004.


Nous vous remercions.