PROTOCOLE DE PRETORIA SUR LE PARTAGE
DES POUVOIRS POLITIQUE, DE DEFENSE ET DE SECURITE AU BURUNDI
PREAMBULE
Le Gouvernement de Transition de la République du
Burundi
(ci-après dénommé le GTB) et le Conseil
National pour la Défense de la Démocratie/Force
Pour la Défense de la Démocratie (ci-après
dénommé le CNDD-FDD), ci-après conjointement
dénommés " les parties " ;
Prenant acte de leur engagement à parvenir à
un accord exhaustif en vue de la réalisation d'une
paix, d'une sécurité et d'une stabilité
durables au Burundi ;
Rappelant les principes et objectifs de l'Accord d'Arusha
pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de
la Constitution de Transition de la République du Burundi
;
Rappelant leur engagement à respecter l'Accord de
cessez-le-feu signé entre les parties, le 2 décembre
2002 à Arusha, et le Protocole d'accord sur l'application
pratique de l'Accord de cessez-le-feu du 2 décembre
2002, signé le 27 janvier 2003 à Pretoria ;
Rappelant par ailleurs le Communiqué du Sommet régional
de
Dar-es-Salaam, publié le 20 juillet 2003, et réaffirmant
l'engagement des parties à respecter un cadre négocié
pour résoudre toutes les questions en instance, liées
au partage du pouvoir politique et à l'Accord technique
des forces ;
Reconnaissant que le conflit burundais requiert un dialogue
entre toutes les parties et la participation de tous les groupes
et mouvements politiques ;
Conscientes de la nécessité de relancer l'application
des dispositions et de respecter l'esprit des divers accords
conclus dans le cadre du Processus de Paix au Burundi ;
Conviennent, par le présent Protocole, d'initier le
processus ci-après, dans le cadre du partage du pouvoir
entre le CNDD-FDD et le GTB, conformément aux paragraphes
1.1.12 et 1.1.15 de l'Accord de cessez-le-feu du 2 décembre
2002.
POUVOIRS POLITIQUES
I. LE POUVOIR EXECUTIF
Le CNDD-FDD disposera de 4 ministères au nombre desquels
le Ministre d'Etat. Le Président de la République
devra consulter le Ministère d'Etat sur toute question
d'importance.
II. LE POUVOIR LEGISLATIF
L'Assemblée Nationale (AN) :
1. Le CNDD-FDD participera à la composition du Bureau
de l'AN de la manière suivante :
- Deuxième Vice-président de l'AN ;
- Secrétaire Général-Adjoint.
L'effectif du Bureau devra être majoré pour
comprendre six membres ;
Le CNDD-FDD disposera de deux postes de Conseiller au niveau
du personnel de l'AN ;
2. Le CNDD disposera de 15 sièges à l'AN.
3. Des mesures devront être prises pour respecter les
équilibres entre les familles politiques, tel que stipulé
dans l'Accord d'Arusha.
Le Sénat
La question de la participation du CNDD-FDD au Sénat
sera abordée lors de la prochaine réunion qui
précédera le sommet régional (Voir Article
VII
ci-dessous).
LES GOUVERNEURS DE PROVINCE
Le CNDD-FDD disposera de :
- 3 postes de Gouverneur ;
- 5 postes de Conseiller.
LE CORPS DIPLOMATIQUE
Le CNDD-FDD disposera de :
- 2 postes d'Ambassadeurs
- 6 postes de Secrétaires et/ou Conseillers d'Ambassade
LES COMMUNES
Le CNDD-FDD disposera de 30 postes d'Administrateurs.
LES ENTREPRISES PUBLIQUES
Le CNDD-FDD dirigera 20% des entreprises publiques. La répartition
exacte sera négociée plus tard.
III. POUVOIRS DE DEFENSE ET DE SECURITE
Le processus de partage des pouvoirs en matière de
défense et de sécurité se déroulera
selon les phases ci-après :
1. LA FORCE DE DEFENSE NATIONALE DU BURUNDI
1.1. Cantonnement
Les combattants du CNDD-FDD devront se rendre dans les zones
identifiées par la commission mixte de cessez-le-feu
(CMC) sous la supervision de la Mission Africaine au Burundi
(MIAB). Les Forces armées burundaises (FAB) devront
être circonscrites dans des zones à déterminer
de commun accord, sous la supervision de la MIAB. Certains
éléments des FAB seront exemptés de l'application
des dispositions du paragraphe 1.1.73 de l'Accord de cessez-le-feu
du 2 décembre 2002.
1.2. Vérification
1.2.1. Une fois les membres des deux forces mis en cantonnement
ou en casernement, une opération de vérification
devra être entreprise par la Commission mixte de cessez-le-feu,
pour déterminer les effectifs de chacune des forces.
L'éligibilité du personnel soumis par chaque
partie devra être déterminée sur la base
de l'Accord technique des forces (ATF) à finaliser,
et la sélection devra se faire sous la supervision
de la CMC.
1.2.2. Les éléments jugés éligibles
constitueront les nouvelles Forces de défense et de
sécurité du Burundi.
1.3. Constitution de la Force de Défense nationale
(FDN)
1.3.1. L'Etat-Major intégré et le Corps des
officiers seront composés de 60% d'Officiers provenant
de l'armée gouvernementale et 40% d'Officiers provenant
du CNDD-FDD.
1.3.2. L'Etat-Major intégré déterminera
la composition des échelons subalternes en tenant compte
des effectifs de chaque partie et des équilibres convenus.
1.3.3. Sur proposition de l'Etat-Major intégré,
le Gouvernement se chargera de déterminer :
· La structure de la FDN
· L'effectif total
· La composition du corps des officiers.
1.3.4. L'attribution des postes de commandement devra également
se faire sur la base du principe de l'équilibre ethnique
(50/50), tel que stipulé dans l'Accord d'Arusha pour
la Paix et la Réconciliation au Burundi.
1.3.5. Le Président de la République se chargera
de confirmer et d'officialiser les dispositions du présent
protocole par décret présidentiel.
1.4. Démobilisation
1.4.1. Les combattants du CNDD-FDD ou des FAB qui n'auront
pas été jugés aptes à faire partie
de la FDN, telle que créée par l'Accord technique
des forces, devront être démobilisés,
conformément aux dispositions du paragraphe 1.1.14
de l'Accord de cessez-le-feu du 2 décembre 2002.
1.4.2. La démobilisation et l'intégration des
membres des deux parties devront se faire de manière
progressive, en veillant à la stabilité sociale
et en tenant compte des capacités du pays à
prendre en charge ces personnes. Ce processus devra se dérouler
sous la supervision du Gouvernement, par le biais du Ministre
de la Défense.
1.4.3. La phase finale du processus de démobilisation
et d'intégration se déroulera une fois le Gouvernement
élu installé, et devra tenir compte de l'effectif
requis de la FDN, tout en s'inspirant des acquis du GTB. Cette
phase finale du processus devra se dérouler sous la
supervision du Gouvernement.
LA POLICE NATIONALE DU BURUNDI
2.1. Les parties conviennent de créer une nouvelle
force
de police au Burundi.
2.2. La structure de la nouvelle force de police devra
être déterminée par les principes ci-après
:
· L' inclusivité et l'intégration ;
· La répartition au niveau e l'Etat-Major devra
se faire selon le principe de 65% au GTB et 35% au CNDD-FDD
;
· Le principe de l'équilibre ethnique (50/50).
2.3. La composition des structures subalternes de la Police
nationale devra également être déterminée
par le principe de l'inclusivité.
2.4. Toute décision devra être prise sur la
base de consensus.
III. LA GENDARMERIE
3.1. La gendarmerie devra être considérée
comme faisant partie intégrante des Forces armées
burundaises (FAB).
3.2. Les éléments de la gendarmerie peuvent
être déployés dans la FND et dans la Police
nationale.
3.3. De même, certains éléments du CNDD-FDD
seront déployés dans la Police nationale du
Burundi.
IV. LES MILICES
Les milices devraient être désarmées
conformément à l'Accord de cessez-le-feu, et
cette opération de désarmement devra se dérouler
sous la supervision de la mission africaine, au début
des opérations de cantonnement et casernement.
V. LE SERVICE NATIONAL DE RENSEIGNEMENTS
5.1. Les parties conviennent de la création d'un ministère
délégué auprès du Président
de la République, chargé de la Sûreté
et des Renseignements généraux.
5.1. Les parties conviennent de la création d'un ministère
délégué auprès du Président
de la République, chargé de la Sûreté
et des Renseignements généraux.
5.2. Les parties devront proposer, au Président de
la République, des noms des personnes susceptibles
de constituer l'Etat-major des services de renseignements.
Les critères de répartition devront être
les suivants :
o 65% au GTB ;
o 35% au CNDD-FDD ;
o Le principe de l'équilibre ethnique (50/50).
5.3. Sur la base des aptitudes des personnes proposées,
de leur éligibilité et guidé par les
principes d'intégration et d'inclusivité, le
Président de la République se réservera
la discrétion de déterminer la composition finale
de l'Etat-major des Services de renseignements.
VI. LE PALIPEHUTU-FNL
6.1. Pour résoudre la situation sécuritaire
qui prévaut actuellement au Burundi, certains éléments
des FAB devront être exemptés du cantonnement,
conformément à l'Accord de cessez-le-feu.
6.2. En prélude à la formation de la FDN, et
conformément à l'Accord de cessez-le-feu du
2 décembre 2002, des unités militaires mixtes
devront être constituées pour exécuter
certaines tâches.
VII. QUESTIONS EN INSTANCE
o L'immunité provisoire ;
o Le CNDD-FDD en tant que parti politique ;
o L'Accord technique des forces ;
o La question de la participation du CNDD-FDD au Sénat.
Toutes ces questions seront finalisées lors de la
prochaine réunion qui devra être convoquée
d'urgence.
Fait à Pretoria, en Afrique du Sud, le 08 octobre
2003
Pour le gouvernement de Transition du Burundi,
Son Excellence Domitien NDAYIZEYE,
Président du Gouvernement de Transition du Burundi
Pour le Mouvement CNDD-FDD,
M. Pierre NKURUNZIZA,
Représentant légal du Mouvement CNDD-FDD
En présence de :
Son Excellence Jacob ZUMA,
Vice-Président de la République d'Afrique du
Sud,
Facilitateur du Processus de paix au Burundi.