| A l'annonce de la signature
du mémorandum et de la Déclaration entre
le Gouvernement de Transition et les groupes armés,
le Groupe Parlementaire FRODEBU vient de sortir une
Déclaration où il rappelle le Major Pierre
BUYOYA qu'il doit céder le fauteuil présidentiel
le 1er mais 2003 conformément à la Constitution
mais également qu'il ne doit pas s'emprendre
à l'Assemblée Nationale pour un projet
de loi portant répression du crime de génocide
qui a été mal étudié au
Gouvernement (Voici l'intégralité de la
Déclaration). |
DECLARATION DU GROUPE PARLEMENTAIRE FRODEBU FACE A LA
SITUATION POLITIQUE ET SECURITAIRE DU MOMENT.
A l'annonce de la signature du mémorandum et de la
déclaration entre le Gouvernement du Burundi et les
mouvements armés CNDD-FDD (toutes les deux ailes) et
FNL PALIPEHUTU (aile MUGABARABONA), le peuple burundais vient
de pousser un soupir de soulagement malgré les hésitations
de l'autre aile du FNL PALIPEHUTU d'Agathon RWASA d'emboîter
le pas aux autres.
Cependant des problèmes sérieux subsistent.
Le Groupe Parlementaire FRODEBU demande aux parties signataires
de :
- Respecter strictement toutes les dispositions contenues
dans ces accords de cessez-le-feu.
- Respecter rigoureusement le droit à la vie et aux
autres droits reconnus à la personne humaine.
- Mettre fin aux destructions méchantes des biens
meubles et immeubles et aux pillages systématiques
d'autres biens de la population.
Aussi le Groupe Parlementaire FRODEBU exige-t-il au Président
de la République et au Parti UPRONA de :
- Respecter scrupuleusement l'Accord d'Arusha pour la Paix
et la Réconciliation au Burundi, la Constitution de
Transition et le document contenant les 11 conditions signé
le 27 juillet 2001 à ARUSHA en présence du Président
YOWERI MUSEVENI spécialement en ce qui concerne l'alternance
politique à l'issu de la première tranche de
18 mois de la période de Transition.
- Cesser d'inventer des prétextes pour créer
des tentions inutiles entre le Gouvernement et l'Assemblée
Nationale.
Qu'il nous soit permis d'insister sur certains de ces problèmes.
I. DU RISQUE DE BLOCAGE DES TRAVAUX DE LA PROCHAINE SESSION
PARLEMENTAIRE
Le Président BUYOYA s'en prend actuellement à
l'Assemblée Nationale mais indirectement aux groupes
parlementaires du G7 qu'il accuse de ne pas étudier
tous les projets de loi, spécialement celui portant
répression du crime de génocide que le Gouvernement
lui a transmis. Il engage son Gouvernement dans une campagne
de contrôle de l'action parlementaire alors que c'est
plutôt l'inverse qui est prévu par la Constitution.
Cette provoca tion vise en filigrane le dénigrement
de l'Assemblée Nationale pour, au bout du compte, dire
qu'il n'est pas encore temps qu'il cède le pouvoir.
Le groupe parlementaire FRODEBU n'est en aucun cas opposé
à adopter une législation sur le Génocide.
Ce serait même violer l'Accord d'Arusha.
Toutefois le projet tel qu'il a été transmis
à l'Assemblée Nationale mérite d'être
renvoyé au Gouvernement pour une nouvelle étude
et ce pour les raisons ci-après :
1. Dans ce projet de loi, certaines dispositions de la convention
de Genève de 1949 sur le Génocide ont été
émasculées pour permettre à certains
magistrats burundais, manipulables par les politiciens du
Gouvernement précédent et des partis à
leur dévotion de continuer à casser le FRODEBU
et à couvrir les crimes de génocide commis en
1965, 1969, 1972-1973, 1988 et 1993 à ce jour commis
par le parti-Etat UPRONA.
2. Le projet de loi en question a été analysé
hâtivement. Nous lisons ceci dans le compte-rendu du
Conseil des Ministres du 16octobre 2001 au cours duquel le
projet de loi portant répression du crime de génocide,
des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre
a été " adopté " (Nous mettons
clairement entre guillemets " adopté ") :
Dans le compte-rendu de ce conseil des Ministres, nous lisons
:
" En conclusion les membres du Conseil constatent ensemble
qu'ils sont confrontés à une situation difficile
à gérer, qu'il subsiste des contestations même
si la loi est là. Il faudra pour cela trouver une façon
d'avancer en laissant le temps au temps étant donné
qu'on se trouve face à un Contentieux de sang extrêmement
grave " .
Il ressort de ceci que les membres du Gouvernement n'ont
pas été d'accord sur le projet de loi mais que,
probablement sur injonction du Chef, ils ont été
contraints de " trouver une façon d'avancer en
laissant le temps au temps ".
En d'autres mots, ils se sont dit : " débarrassons-nous
du Projet et envoyons-le à l'Assemblée Nationale,
nous attendrons ce qu'il en adviendra ". D'où
justement le G7 rejette ce projet tandis que le G10 fait du
forcing pour le faire passer tel qu'il est.
Nous ne pouvons pas comprendre et encore moins tolérer
comment un Gouvernement sérieux peut amener à
l'Assemblée Nationale un projet de loi bâclé
et de surcroît portant sur un contentieux de sang extrêmement
grave dans l'espoir que peut-être les députés
n'y prêteront pas attention et pourraient voter les
yeux fermés ou qu'à défaut le Gouvernement
recourra au chantage et à l'intimidation.
Aujourd'hui nous sommes informés que le G10 a eu pour
mot d'ordre de bloquer l'étude de tous les projets
de loi portant notamment sur les aspects de réformes
judiciaires pour nous contraindre d'adopter le projet de loi
querellé.
C'est du chantage et le Groupe Parlementaire FRODEBU rappelle
que l'Assemblée Nationale n'est pas une caisse de résonance
du Gouvernement.
3. Le projet de loi querellé fait référence
aux statuts de Rome pour la Cour Pénale Internationale.
Or, le Gouvernement burundais a jusqu'ici et pour des raisons
encore obscures refusé que le Burundi signe son acte
d'engagement à l'adhésion aux Statuts de Rome.
4. L'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation
au Burundi stipule en son article 6 du Protocole I point 10
et en son article 18 Protocole II que les actes de génocide,
des crimes de guerre et autres crimes contre l'humanité
couvrant la période allant de l'indépendance
du Burundi (1/07/1962) à la date de la signature de
l'Accord d'Arusha (28/08/2000) relève de la compétence
des juridictions internationales sans interférences
des juridictions burundaises.
II. DES VIOLATIONS CONSTANTES DES DROITS DE L'HOMME, DE LA
LOI ET DE L'ACCORD D'ARUSHA POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION
AU BURUNDI.
1. La journée du 06 janvier 2003 a été
pour la nième fois une journée de pleurs et
de deuil pour plusieurs familles du quartier TABA, en zone
GIHOSHA dans la Mairie de Bujumbura. Un groupe de militaires
gouvernementaux s'est introduite dans les habitations en pleine
journée pour massacrer des citoyens paisibles et ensuite
piller tous leurs biens.
L'armée a reconnu les crimes et a commencé à
restituer les biens pillés. Cependant, tout laisse
penser que les auteurs de ces crimes et de ceux du même
genre commis partout ailleurs dans le pays n'ont pas été
remis aux mains de la justice.
2. Des arrestations arbitraires, des détentions préventives
abusivement prolongées sine die sans instruction et
sans jugement demeurent monnaie courante malgré les
lois nationales et les dispositions de l'Accord d'Arusha en
la matière.
3. Les limitations constantes à la liberté
d'opinion et la censure de la presse.
4. Les massacres et autres atteintes à l'intégrité
physique perpétrés par les groupes armés,
l'armée, la police et l' Administration Communale.
5. La détention en prison des prisonniers politiques
malgré un rapport d'enquête ad hoc rendu public
par une Commission de juristes nationaux et internationaux
instituée par l'Accord d'Arusha publié depuis
plus d'une année.
6. La complaisance du Gouvernement face aux crimes économiques
(corruption, détournements des deniers et autres biens
publics) et ce malgré les recommandations de l'Accord
d'Arusha.
Bref, nous nous posons la question de savoir pourquoi l'Exécutif
burundais ne protège pas ses citoyens et ses biens
en faisant respecter la loi.
IV. EN CONCLUSION
Le Groupe Parlementaire FRODEBU exige :
1. Le respect intégral et impératif de l'Accord
de cessez-le-feu permanent par tous les bélligents.
2. Le respect inconditionnel des droits de la personne humaine
par l'armée gouvernementale, les corps de police et
les groupes armés.
3. Le respect et l'application stricts des dispositions de
l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation
au Burundi et de la Constitution.
4. La libération inconditionnelle des prisonniers
politiques concernés par le rapport de la Commission
ad hoc des juristes désignés conformément
à l'Accord d'Arusha.
5. Un réexamen approfondi par le Gouvernement actuel
des projets de loi analysé hâtivement par le
Gouvernement précédent et contestés par
la majorité des députés.
Par ailleurs, le Groupe Parlementaire FRODEBU demande :
1) Au Conseil de Sécurité des Nations Unies
:
Ø De mettre sur pied le plus rapidement possible la
Commission Internationale d'enquête judiciaire suivie
du Tribunal Pénal International sur le Burundi pour
les crimes de Génocide, les crimes de guerre et autres
crimes contre l'humanité commis du 1er juillet 1962
au 28 août 2000 conformément à l'Accord
d'Arusha.
Ø De faire respecter les accords de cessez-le-feu
notamment par le déploiement rapide de la force africaine
de maintien de la paix .
2) Aux patriotes burundais
Ø De rester vigilants pour ne pas tomber dans les
pièges des fausses rumeurs qui circulent autour de
la question de l'alternance politique.
Fait à Bujumbura, le 29/01/2003
Pour le Groupe Parlementaire FRODEBU :
Honorable Léonidas NTIBAYAZI, Président
Honorable Christian SENDEGEYA, Vice-Président
Honorable Rosette NZIRUBUSA, Secrétaire Général
Honorable Norbert NDIHOKUBWAYO, Secrétaire Général-Adjoint