LA SITUATION DE L'ECONOMIE BURUNDAISE
ET DEFIS A COURT TERME
Malgré les efforts déployés depuis l'indépendance,
l'économie nationale est toujours tributaire d'un secteur
primaire encore peu dynamique , car dépendant lui-même
du secteur vivrier dont les performances sont essentiellement
fonction des aléas climatiques et non d'un gain de
productivité. C'est donc sur cette base fragile que
se fonde le PIB dont plus de 55% provient du secteur primaire,
le secondaire et le tertiaire ne contribuant qu'à hauteur
de 14% et de 31% respectivement.
Cette situation, de surcroît peu propice au progrès,
n'a malheureusement cessé de se dégrader au
cours de ces dernières années. En effet, une
détérioration progressive et renforcée
des conditions de vie de la population a constamment caractérisé
la décennie écoulée durant laquelle l'accélération
du déclin économique a été aussi
rapide qu'inattendue . Cette évolution, consécutive
à l'arrêt brutal du processus de démocratisation
dans lequel le peuple burundais s'était résolument
engagé depuis 1993 et aux troubles politiques qui perdurent
encore aujourd'hui, s'est accompagnée d'une contraction
de tous les indicateurs macro-économiques et d'une
paupérisation excessive de la population.
A titre d'exemple, le PIB qui était de 263.081millions
de FBU en1996 , s'élève à 277.165 millions
FBU en 2001, soit une quasi stagnation sur 5 ans. Compte tenu
de l'augmentation annuelle de la population et de l'érosion
de la monnaie nationale, les niveaux annuels du PIB par habitant
illustre mieux l'effritement des revenus individuel durant
la période considérée.
La tendance reflétée dans le graphique ci-dessus
montre que le citoyen burundais qui avait un revenu moyen
annuel équivalent à 193 $ américains
en 1992 n'a plus que 97 $ dollars américains en 2001.
C'est -à-dire qu'en moyenne , le burundais vivrait
de 26 cents par jour.
Il ne pouvait évidemment en être autrement dans
la mesure où les capacités de production et
les infrastructures de base ont été détruites
et que le support financier international s'est pratiquement
estompé.
Ainsi, le renchérissement du coût de la vie,
l'aggravation des déficits budgétaires et l'amplification
des déséquilibres de la balance des paiements
figurent parmi les principales conséquences inhérentes
à la crise , difficiles à résorber tant
que cette dernière persiste.
Concernant d'abord le coût de la vie, les ruptures
des stocks des biens de première nécessité,
couplée avec les relèvement fréquents
des prix des produits stratégiques comme le carburant
n'ont cessé de compliquer et d'éroder le pouvoir
d'achat des pauvres pour qui les denrées de base ont
été hors de portée, et ce, malgré
la levée de l'embargo en 1998.
A cet égard, le schéma suivant met bien en
évidence le caractère ininterrompu de l'accroissement
des prix entre 1996 et 2001. De façon particulière,
l'alimentation et le logement ont continué à
peser sur les budgets familiaux de ménages urbains
tandis que l'indice général des prix confirme
la tendance généralisée et sans répit,
à la hausse des prix , sur toute la période.
Sans augmentation conséquente des revenus, une telle
flambée des prix n'a , en réalité , fait
qu'élargir la proportion de populations vivant dans
la précarité.
Au niveau du budget, le rythme des dépenses publiques
a été constamment supérieur à
celui des recettes à cause essentiellement des impératifs
de sécurité qui ont entraîné des
suppléments de dépenses militaires qui peuvent
être considérés notamment comme un manque
à gagner pour les fonctionnaires de l'Etat.
Considérant que ces dépenses représentaient
à peine 33% des frais liés aux traitement et
à l'acquisition des biens et des services vers le début
des années 90 et que durant la guerre, cette proportion
a atteint plus de 50%, cela signifie que l'Etat aurait pu,
soit augmenter les salaires des fonctionnaires pour environ
20%, soit utiliser les fonds ainsi économisés
pour réaliser des investissements publics supplémentaires.
Dans ce même ordre d'idées, l'on estime que
l'impact de la guerre sur le revenu national se situe entre
480 et 600 millions de $ américains en moyenne par
an. C'est donc dire que chaque mois de guerre coûte
à la nation l'équivalent de 40 à 60 millions
de $ américains.
Enfin le solde de la balance des paiements est lui aussi,
demeuré défavorable au Burundi malgré
en raison précisément de l'incapacité
de l'économie nationale à générer
des devises étrangères et de l'interruption
de l'aide étrangère dont le Burundi bénéficiait
naguère. Il s'agit là d'une contrainte majeure
car elle est à l'origine des difficultés de
remboursement de la dette extérieure au point que son
encours est passé de 424 milliards de FBU en 1997 à
888 milliards de FBU en 2001, ce qui correspond à un
accroissement de 100% sur une période de 4 ans seulement.
Si cette situation est le résultat combiné
des évènements conjoncturels et structurels,
elle n'est pas une fatalité, car , en temps normal
et n'eût été la guerre, le pays dispose
de nombreux atouts .
D'abord et avant tout, il a une population laborieuse, dynamique
et jeune et garantissant par conséquent une main d'uvre
sûre.
En second lieu, la possibilité de réaliser
3 récoltes par an permet de faire face aux contraintes
liées à l'exiguité des terres arables
et de contribuer à l'autosuffisance alimentaire.
Ensuite, l'exploitation des gisements miniers dont le plus
important est celui du nickel permettrait d'améliorer
les recettes publiques tout en ayant des effets d'entraînement
sur l'ensemble de l'économie.
Enfin, les attraits touristiques insuffisamment mis en valeur
en cette période troublée constituent un potentiel
non négligeable pour la relance de l'économie.
Le redressement du cadre macro-économique, l'atténuation
de la misère de la population, la promotion des activités
génératrices de revenus surtout en faveur des
plus démunis ainsi que la mise en valeur de nombreuses
potentialités du pays constituent donc, à court
et moyen terme, les objectifs prioritaires que le Burundi
doit impérativement réaliser pour éviter
des dérapages économiques plus profonds.
Il s'agit là des défis majeurs auxquels s'attachera
le gouvernement qui, en conformité avec le contenu
de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation
au Burundi et la Constitution de Transition de la République
du Burundi, sera mis en place le 1er mai 2003. C'est donc
dire aussi que l'alternance politique préconisée
devra sonner l'heure de l'alternance économique afin
de redonner ainsi l'espoir au peuple burundais qui aspire
légitimement à des lendemains meilleurs.
Dans cette optique, les orientations générales
devant asseoir des bases solides d'une relance économique
à même de satisfaire, de façon cohérente
et durable, les besoins individuels et durables de la population,
seront centrées sur les axes principaux suivants :
- Réintégration sociale et économique
des sinistrés de guerre qui devront d'abord recouvrer
leur droit à l'abri et ensuite, passer du stade de
prise en charge à la phase d'autosuffisance ;
- Gestion saine et transparente des deniers publics afin que
les efforts des contribuables soient équitablement
répartis ;
- Rétablissement de la confiance des donateurs en vue
d'une mobilisation plus efficiente des aides promises lors
des différentes tables rondes ;
- Lutte plus engagée contre le VIH/SIDA ;
- Restauration d'un environnement favorable aux réformes
économiques visant la croissance ;
- Meilleure concertation avec les donateurs en vue de l'allègement
de la dette publique ;
- Stabilisation du franc burundais qui, au cours de ces dernières
années , s'est fortement déprécié
par rapport aux devises étrangères au point
d'accentuer l'inflation sur le marché local ;
- Promotion d'un meilleur accès aux services sociaux
tels que les soins de santé, l'éducation et
l'eau potable ;
- Promotion des techniques et des moyens de production adaptés
aux spécificités du monde rural ;
- Mise en place des programmes concrets de lutte contre la
pauvreté ;
- Mise en place des mécanismes appropriés pour
une meilleure préparation du pays à l'intégration
régionale, à la mondialisation et à l'ère
des nouvelles technologies.
L'articulation des actions découlant de ces directives
, bien que relativement ambitieuses au regard du calendrier
politique auquel sera astreint le prochain gouvernement, est
conçue dans l'optique d'une stabilisation générale
de l'économie et d'un rétablissement des équilibres
socio-économiques, préalables à un développement
à long terme dont les stratégies seront à
affiner ultérieurement.
La REDACTION