BURUNDI-JUSTICE

Le bras de fer entre les magistrats et le Gouvernement
entraîne plus de mal que de bien.

La grève des magistrats entamée le 1er septembre 2003 est entrée dans son deuxième mois et ne cesse d'occasionner des incidences négatives sur le système judiciaire en général et sur la vie des prisonniers en particulier.

Selon le Directeur Général des Affaires Pénitentiaires, la paralysie de l'appareil judiciaire fait qu'aujourd'hui on n'enregistre que les entrées dans les prisons et non des sorties, exception faite des juridictions militaires qui ne sont pas en grève et des prisonniers qui ont déjà purgé leurs peines.
Cette situation entraîne la surpopulation carcérale avec tous les problèmes y afférents notamment le manque d'hygiène et la mauvaise alimentation.

Par ailleurs, le transfert des coupables présumés dans les prisons sans que leurs dossiers soient instruits par un magistrat est une violation flagrante du nouveau Code de Procédure Pénale. Ainsi, les pensionnaires des prisons y passent plus de jours que quand les juridictions sont fonctionnelles.
On observe également les détenus croupissent dans les cachots de la Police, de la Gendarmerie, de la Documentation Nationale voire des communes ou des zones de la Mairie de Bujumbura. Cela allonge la durée normale de la détention préventive. On remarque aussi que les auteurs d'infractions sont arrêtés sur procès verbal d'arrestation (PVA) au lieu des mandats d'arrêt.
Il est à faire remarquer que dans un pays en guerre comme le Burundi, les crimes et délits se multiplient quand les juridictions ne fonctionnent pas, les auteurs profitant du chaos pour commettre leurs forfaits.

Dans le dernier point de presse animé par le Ministre de la Justice, celui-ci a qualifié la grève des magistrats d'illégale en précisant que même le syndicat des magistrats du Burundi (SYMABU) a été agréé en violation de la loi. Il a profité de l'occasion pour inviter les magistrats à regagner le service, faute de quoi, des sanctions allant jusqu'à la retenue de leurs salaires seraient prises. " Nulle part au monde, a-t-il indiqué, les magistrats n'ont le droit de se syndiquer, donc de faire la grève, à l'instar des corps de police et de l'armée ". Tous les dommages résultant de la grève sont sous leur responsabilité.
Quant aux nouveaux barèmes salariaux revendiqués par les magistrats, le Ministre de la Justice a souligné avec raison qu'ils ne sont pas les moins rémunérés par rapport aux fonctionnaires. Pour ceux qui avaient le droit de bénéficier des primes et indemnités, le Gouvernement a déjà fait quelque chose de palpable et les magistrats devraient attendre le statut général des fonctionnaires qui est à présent sur la table du Parlement pour voir certaines de leurs revendications y trouver satisfaction. Face à ce différend qui oppose le Gouvernement aux magistrats, certains proposent la médiation par un conseil des sages (abashingantahe) afin que cette situation, dans un pays de droit comme le Burundi, ne s'empire.
Mais on connaît généralement les sentiments de ces prétendus BASHINGANTAHE. On les a vus pendant toute la crise et pendant l'histoire contemporaine.

Le Vice-Président de la République Alphonse Marie KADEGE avait très récemment (le 29 septembre 2003) rencontré les représentants des magistrats pour échanger sur cette question mais l'issue n'a pas été révélée au public, rappelle-t-on. D'aucuns saluent déjà cet acte posé par le Gouvernement en vue de renouer le dialogue avec les magistrats.

Dans un point de presse animé par le Vice-Président de la République le 08 octobre 2003, ce dernier a été on ne peut plus clair, en précisant que le pays est dans une situation économique critique qui ne permet pas d'augmenter les salaires des magistrats.

Il a été demandé aux magistrats d'attendre la période où le trésor public s'améliorera pour voir leur réclamation trouver une solution, en indiquant que l'augmentation des salaires touchera également les autres fonctionnaires dont les conditions de vie sont aujourd'hui intenables.
Le Vice-Président de la République a invité les magistrats à regagner le service, car, a-t-il martelé, on ne peut pas concevoir un pays en situation de guerre sans système judiciaire fonctionnel.

Le conseil exécutif de la SYMABU (Syndicat des Magistrats du Burundi) avait par contre sorti une déclaration le 07/10/2003 qui lançait un appel vibrant aux magistrats de continuer la grève, précisant que les échanges eues avec le Vice-Président de la République n'avaient rien donné de positif.

Il semble que pour la plupart des grévistes, il s'agit moins de revendications professionnelles que de troubles organisés à lan 1996, en concertation avec d'autres syndicats et organisation prétendues de la société civile.

Tout ce beau monde est constitué de militants trop zélés qui se cachent derrière le masque de magistrat ou d'autres trucs.
Mais leurs partis respectifs ont beaucoup évolué, laissant leur base non informée.
Ne fût la Presse qui fait de fréquents rappels, l'opinion et le public ne sont pas du tout impressionnés par cette grève. D'aucuns vont à souhaiter (à tort) que les magistrats cessent complètement de travailler en attendant que leur machine ne soit réformée.

Messieurs les magistrats, au lieu de travailler à l'an 1996, exploitez les voies honnêtes. Par exemple, le texte devant régir la cour Suprême prend devant le Parlement. Arrangez-vous pour qu'il comporte les avantages qu'il faut pour les magistrats de ce niveau. Puis le grade immédiatement inférieur aura un peu moins et ainsi de suite jusqu'au magistrat stagiaire. La carrière sera ainsi bien organisée du moins en ce qui concerne les traitements et avantages professionnels.
Croyez-vous que le magistrat nouvellement recruté pourra être traité comme le magistrat plus ancien, ou comme les ministres et les députés ? Rappelez-vous qu'il s'agit d'un carrière.